Retour au sol de la matière organique : un objectif à part entière

La France fait face à une perte de fertilité de ses sols. En effet, plus du tiers de ses terres arables  sont insuffisamment chargées en matière organique, facteur essentiel de fertilité. Parallèlement, pour palier ce déficit, la France importe 60% de l’azote et 100% du phosphore et de la potasse utilisés comme engrais. La fabrication de ces composants est par ailleurs très gourmande en énergie fossile et contribue significativement aux émissions de gaz à effet de serre.

D’où l’intérêt de valoriser la biomasse contenue aussi bien dans les déchets de l’exploitation forestière ou agricole, que dans la fraction organique des déchets industriels ou urbains. Les bénéfices sont en effet multiples, puisque cette valorisation permet simultanément d’amender des sols qui s’appauvrissent, d’éviter des émissions de GES en réduisant le besoin de fabrication et de transport d’engrais chimiques, et d’améliorer la balance commerciale en réduisant des importations.

Cette problématique est aujourd’hui largement connue et constitue désormais un axe incontournable des politiques locales de gestion des déchets. Ainsi, alors que les plateformes de compostage sont déjà largement répandues, on assiste actuellement à une multiplication sans précédent des projets d’usines de méthanisation de déchets, tant pour des déchets agricoles que municipaux.

Toutefois il faut se méfier des conflits d’objectifs car la notion d’économie circulaire est encore loin d’avoir été intégrée par tous les édiles. La gestion des déchets continue souvent de s’effectuer dans un contexte sensible, voire tendu. Les intercommunalités qui se tournent vers la méthanisation ont encore généralement comme premier objectif de se débarrasser de leurs déchets, ensuite de satisfaire au mieux les attentes de leurs administrés qui dans leur grande majorité redoutent de voir s’implanter un incinérateur ou un centre d’enfouissement sur leurs terres. La valorisation reste vue comme un moyen de réduire les coûts, mais pas comme une fin en soi. L’objectif de retour au sol de la matière organique n’est donc jamais au premier rang, et peut passer pour n’être qu’un bonus permettant de mieux faire passer la pilule de la méthanisation.

Les conséquences d’une telle approche finissent la plupart du temps par poser problème, car la valorisation organique exige une qualité irréprochable. C’est souvent trop tard que l’on s’aperçoit que la qualité du compost produit n’est pas suffisante et qu’une part importante de la production ne peut pas être valorisée. Il en résulte de nombreux surcoûts, soit qu’il faille éliminer le compost en décharge, modifier le process de l’usine, ou améliorer la qualité de la collecte…

A l’origine, on se rend compte que c’est souvent un défaut de caractérisation des déchets à traiter qui conduit à une inadaptation du process de l’usine. La caractérisation repose sur des études statistiques d’échantillons en principe représentatifs, mais outre le risque d’erreur inhérent à toute étude statistique, encore faut-il que l’étude soit réalisée sérieusement…

En aval, pour qu’il y ait retour au sol des matières organiques, il est nécessaire que des agriculteurs partenaires acceptent d’épandre le compost produit à partir des déchets. Les utilisateurs ont pour cela besoin de garanties concernant la qualité du compost qui leur est proposé, tant en ce qui concerne sa composition que sa valeur agronomique. D’où l’intérêt pour les producteurs de suivre une démarche qualité assortie d’un référentiel adapté à la production de compost, telle que celle proposée par le Réseau Qualité Compost qui débouche sur une certification du site et de sa production. L’utilisateur a ainsi la garantie d'un produit de qualité, dont l’élaboration répond à un cahier des charges rigoureux et est soumise à des contrôles réguliers.

La qualité du compost doit constituer un objectif à part entière dès l’amont de tout projet de valorisation, et se décliner dans chaque phase du projet. L’oubli ou la négligence de ce paramètre expose les porteurs de projets à de coûteuses déconvenues.